lunes, 1 de octubre de 2018

LE CORPS A L'ECOLE : ELEMENT NEUTRE DES APPRENTISSAGES ?


Scolarisation et contrôle des corps : de l'histoire ancienne ?
Dans l'école de René Goscinny (" Le petit Nicolas et les copains ") ou de Louis Pergaud (" La guerre des boutons "), les corps sont omniprésents. Corps de garçons turbulents, ils contestent à leur façon l'autorité magistrale en introduisant chahuts et désordres dans la classe et au dehors. Les sanctions, en retour, s'en prennent au besoin de mobilité tant revendiqué. Aux œillades, aux gesticulations, aux bagarres, bref aux mouvements inopportuns, l'institution oppose des immobilisations (le piquet), des enfermements (la suppression de la récréation, la retenue du jeudi) ou des punitions censées redresser les esprits par la répétition du geste (les " lignes " à copier).
L'école de la République, celle du certificat d'études, des leçons de choses et des garnements en culottes courtes, n'ignorait pas la chair. Elle s'en méfiait. Ordre, calme, propreté, mises en rang, cours de morale et de prophylaxie, l'histoire de l'enseignement est (aussi) l'histoire d'un marquage et d'un dressage des corps. Selon Michel Foucault, l'espace scolaire est un espace organisé, structuré, quadrillé. Il se construit de manière systématique, en opposition avec un milieu familial plus convivial, plus chaleureux, mais aussi moins " efficace ". L'architecture, le mobilier, les règles de comportement et un système sophistiqué de récompenses et de sanctions (châtiment corporel compris) rendent possibles le travail simultané de tous les élèves et son contrôle par l'enseignant. Ils font fonctionner l'espace scolaire comme une machine à apprendre, mais aussi à surveiller, à hiérarchiser, à récompenser (Foucault, 1975, p.172-173). Les corps, tout comme les esprits, doivent être domestiqués, rectifiés, fortifiés (Heller, 1997). Les apprentissages visés sont certes la lecture, l'écriture et le calcul, mais aussi le respect de la Nation, de la discipline citoyenne, des préceptes moraux, des règles d'hygiène et de santé publiques. Or, de telles attitudes passent nécessairement par le redressement préalable des inclinations enfantines pour la rêverie et l'agitation :
On envoie d'abord les enfants à l'école, non pour qu'ils y apprennent quelque chose, mais pour qu'ils s'y accoutument à rester tranquillement assis et à observer ponctuellement ce qu'on leur ordonne, afin que dans la suite ils sachent tirer à l'instant bon parti de toutes les idées qui leur viendront (Kant, 1987, p.36)
Aujourd'hui, les sociétés démocratiques ont bien changé, mais la forme scolaire a tendance à résister. Pour le meilleur ou pour le pire ? Parfois l'un, parfois l'autre, peut-être. Si les aventures de Nicolas ou de Grangibus nous amusent, c'est que le métier d'élève (Perrenoud, 1994), dans nos écoles, est à la fois différent et proche de ce qu'il fut jadis. Différent, parce que, désormais, les classes sont mixtes, les maîtres ont posé leur blouse bleue et les cancres leur bonnet d'âne. Proche aussi, parce que les exigences des adultes demeurent pesantes pour certains enfants. Et que le difficile travail des enseignants consiste, vis-à-vis des mouvements du corps comme de l'esprit, à assumer la tension entre liberté et contrainte, entre émancipation et socialisation. La question n'est pas seulement théorique. Dans les écoles, on se demande par exemple souvent s'il est bon ou mauvais que les enfants portent leur dictionnaire sur leur dos ou se mettent " en rangs " (Saillant-Carraud, 1998). Pour certains, les corps d'élèves sont encore trop malmenés (Coutty, 1998).
Aujourd'hui, la coutume scolaire s'est transformée, mais elle doit faire face à des défis indémodables. A la demande de l'opinion publique et des autorités politiques, les écoles doivent contribuer à l'émergence d'une société plus saine et plus responsable dans des domaines aussi variés que l'alimentation, la carie dentaire, l'éducation sexuelle, la prévention du tabagisme, de l'alcoolisme, de la consommation de stupéfiants ou de la transmission du SIDA. Détail révélateur : les enseignants sont rarement les principaux acteurs de cette croisade. Ils sont plutôt épaulés, voire suppléés, par des professionnels de la santé : médecins, dentistes, infirmières, psychologues, etc. Comme tel, le corps est peu " enseigné ". Lorsqu'ils ont lieu, les cours de sciences de l'école primaire abordent plus facilement la vie de l'écureuil ou la météorologie, que l'anatomie ou la physiologie humaines (Coquide-Cantor & Giordan ,1997). Par contre, les maîtres mobilisent les organismes de deux façons différentes et complémentaires : premièrement, dans la gestion des classes, au cœur du travail scolaire quotidien ; deuxièmement, dans des espaces dévolus au mouvement, tels la salle de jeux, la salle de gymnastique, la piste de danse, la scène de théâtre ou le stade. Dans un cas, la problématique corporelle " traverse " l'ensemble des disciplines (Girard & Chalvin ,1997). Dans l'autre, elle les fédère (Le Boulch, 1998).Quel que soit le domaine travaillé, notre corps est en jeu. Et lorsque notre corps est en jeu, l'ensemble de nos connaissances et de nos compétences le sont aussi. Corps pour apprendre, et corps à apprendre, voyons ces deux aspects tour à tour.
Un corps " pour " apprendre
Les élèves, on l'a vu (et dieu merci), ne sont pas des intelligences artificielles. Si les plus sages (ou les plus soumis) veulent bien étudier la structure de la phrase déclarative ou résoudre des équations à une inconnue en restant assis derrière leur pupitre, les autres perdent parfois leur contenance et dégagent, volontairement ou non, au su ou à l'insu de tous, une partie de leur énergie vitale. Mâcher du chewing-gum, se balancer sur sa chaise, se pencher vers un camarade, donner des coups de règle, regarder par la fenêtre, se promener dans les rangs ou inventer un code secret, autant d'exutoires utiles pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas " tenir en place " sur simple décret de l'institution.Les plus audacieux réclameront plusieurs fois dans la journée la permission d'aller boire, de se rendre aux toilettes ou de courir chez le concierge chercher la clef du l'infirmerie, moins dans l'intention de rendre service que de se dégourdir les jambes (et l'esprit) dans les escaliers.
Les manifestations, individuelles ou collectives, ponctuelles ou régulières, sont plus ou moins tangibles. La neige ou la pluie, c'est bien connu, peuvent susciter l'excitation générale. La proximité des vacances ou de la fête de Noël aussi. La digestion du petit déjeuner ou du dîner ne sont pas sans impact sur les rythmes scolaires et la qualité des apprentissages. Les pics et les creux de température peuvent peser sur l'atmosphère de travail, surtout si l'école est mal isolée et mal chauffée. Certains enfants se plaignent, d'autres souffrent en silence. Des têtes qui tombent, des épaules qui s'affaissent, des corps qui soupirent, autant de signes du désintérêt ou du découragement ambiants. Les corps des élèves - certains plus que d'autres sans doute - " trahissent " ou, pour le dire de manière plus neutre, expriment des sentiments, des émotions, mais aussi des processus cognitifs. Des yeux grands ouverts, des sourcils froncés, des bâillements ou des sourires indiquent tour à tour des élèves qui s'étonnent, qui raisonnent, qui s'ennuient ou qui manifestent leur plaisir de réussir et d'apprendre.
Les mouvements les plus spectaculaires ont lieu dans les grands espaces. La salle de jeu ou de gymnastique, la cour de récréation, l'autobus qui emmène la classe au musée et… le musée lui-même suscitent souvent des remue-ménage, des cris, des bousculades. Tout ce passe comme si le besoin de mobilité était proportionnel à l'éloignement de la salle de classe. Et comme si certains élèves appréciaient et exploitaient particulièrement cette distance. Des recherches ont montré, par exemple, comment les garçons occupaient, dans leurs jeux, une proportion du préau nettement supérieure à celle des filles. Aux sports de ballon et aux courses des premiers, répondent en général les conversations et les jeux moins conquérants des secondes (saut à la corde, marelle, etc.).
De tels phénomènes peuvent paraître anecdotiques. Ils sont pourtant l'indice de différents rapports à autrui, à soi-même, au monde, des rapports que l'école peut contribuer à renforcer ou, au contraire, à transformer. Les asymétries filles-garçons, par exemple, ne doivent pas être dramatisées, mais elles ne doivent pas non plus être sous-estimées. La présence physique au monde est un enjeu essentiel de la division sexuelle des statuts et des rôles. La domination masculine passe par une construction sociale des corps et des espaces (Bourdieu, 1998), des corps et des espaces qu'il est " légitime " ou non d'habiter de telle ou telle façon, suivant qu'on est né fille ou garçon. Au travail, les explorateurs et les bâtisseurs (les architectes, les transporteurs, les pilotes, les informaticiens) sont d'abord des hommes. C'est dans l'espace clos du domicile privé (le " ménage ") et dans ses prolongements directs (la puériculture, l'enseignement, les soins infirmiers, etc.) que les femmes trouvent d'abord à s'investir professionnellement.
Dans les loisirs, la libération est elle aussi proclamée, mais biaisée. Dans la rue, à la piscine ou sur les plages, les corps féminins restent sous le contrôle de la censure masculine. Comme l'a montré le sociologue Jean-Paul Kaufmann (1995), le " beau ", le " normal ", le " tolérable " sont le fruit d'un travail permanent, mais implicite, de communication et de négociation piloté par les hommes. Suivant sa morphologie, son âge ou le contexte, chaque estivante doit respecter un code de bonne conduite qui ne figure dans aucun manuel, mais qu'elle peut lire dans un système de regards qui évalue et qui juge la pertinence de sa nudité. Au bout du compte, elle intègre elle-même les normes en vigueur. Elle contribue donc, par son propre regard, à les pérenniser et à les légitimer. Or, si notre famille est notre premier bassin de socialisation, l'école lui emboîte immédiatement le pas. Comment douter que des représentations, des normes, des jugements, mais aussi des pratiques corporelles s'y produisent et s'y reproduisent ? De ce passage du biologique au social, du corps donné au corps construit, le " corps enseignant " (sic) est non seulement le spectateur, mais aussi l'acteur. Lorsqu'un garçon soulève la jupe d'une fille, il exerce une violence qu'on ne doit ni dramatiser, ni ignorer. Et lorsqu'un maître exige d'un élève qu'il le regarde dans les yeux lorsqu'il lui parle, il ne doit pas oublier que cette marque de franchise équivaut, dans d'autres cultures, à de l'effronterie (Perregaux, 1994). Erasme avait sans doute tort d'être aussi catégorique, en 1530, lorsqu'il cherchait à définir la décence et l'indécence du maintien dans son guide de savoir-vivre à l'usage des enfants :
Pour que le bon naturel d'un enfant se trahisse de toutes parts - et il reluit principalement sur le visage - il faut que son regard soit doux, respectueux, honnête. Des yeux farouches sont un indice de violence ; des yeux fixes signe d'effronterie ; des yeux errants et égarés signe de folie. Qu'ils ne regardent pas de travers, ce qui est d'un sournois, de quelqu'un qui médite une méchanceté ; qu'ils ne soient pas ouverts démesurément, ce qui est d'un imbécile.Abaisser les paupières et cligner des yeux, c'est un indice de légèreté ; les tenir immobiles, c'est la marque d'un esprit paresseux (…). Des yeux perçants trahissent de l'irascibilité ; trop vifs et trop éloquents , ils dénotent un tempérament lascif. Il importe qu'ils reflètent un esprit calme et respectueusement affectueux. Ce n'est pas un hasard, en effet, s'il a été dit des anciens sages : l'âme a son siège dans le regard. (p.15-16)
Mais il avait sans doute raison de mettre en garde les éducateurs : les habitudes se prennent vite, et tôt ; elles s'inscrivent dans les têtes, mais aussi dans les corps.
Les corps souples des enfants sont semblables à ces jeunes plantes que l'on courbe à l'aide de baguettes et de liens, et qui croissent en gardant à jamais le pli qu'on leur a donné. (p.28)
Un corps " à " apprendre
On pourrait dire, sur la base de ce qui précède, que l'éducation corporelle est omniprésente à l'école et qu'elle est travaillée en permanence.Mais ce qui est valable pour la communication verbale l'est aussi pour la communication non verbale. Il ne suffit pas de plonger les élèves dans un environnement où l'on parle le français pour qu'ils apprennent réellement le français. Il ne suffit pas de prendre soin du corps dans la classe pour que les élèves apprennent à le connaître et à le protéger.
Même si le " bain de communication " est utile, il n'est pas suffisant. Il doit être complété par des activités d'apprentissage qui, non seulement mobilisent des compétences spécifiques, mais permettent aussi de les construire, de les consolider, de les analyser. Apprendre à communiquer, à l'école, ce n'est pas seulement, mais c'est aussi étudier la langue pour elle-même, observer et comprendre son fonctionnement, rédiger des textes, préparer des exposés, acquérir et exercer des connaissances orthographiques, grammaticales, lexicales.Apprendre à sentir, à agir, à s'exprimer à travers le mouvement, ce n'est pas seulement, mais c'est aussi, participer à des activités, expérimenter des gestes et des déplacements, vivre des sensations, ressentir des émotions qui permettent de mieux se connaître en connaissant mieux son corps. L'éducation physique, mais aussi la psychomotricité, la rythmique, la danse, la musique, les arts plastiques peuvent contribuer à ce travail spécifique. En plaçant momentanément le corps, non plus à la marge, mais au centre de la vie de la classe, ces disciplines apportent leur contribution au développement équilibré des élèves. Elles lui montrent, preuve à l'appui, que tout tricheur finit par se heurter aux lois de la physique :
Respecter la chose même qui, seule, commande, et non l'opinion, cela enseigne, au-dessus de tout, la vie d'œuvre. Quelque activité à laquelle on se livre, le corps demeure le sujet de l'intuition, de la mémoire, du savoir, du travail et, surtout, de l'invention. Une procédure machinale peut remplacer n'importe quelle opération de l'entendement, jamais les actes du corps : l'intelligence artificielle se développe, mais la robotique risque la faillite. (Serres, 1998)
Développer l'intelligence du corps, certes, mais à condition de ne pas la réduire à l'un ou l'autre de ses supports techniques. Le sport, le jeu, la gymnastique, la culture physique et même le mouvement ne peuvent prétendre fournir à eux seuls toutes les ressources utiles au enfants. Jouer au basket-ball, pratiquer le tir à la corde, apprendre la colonne droite, soulever des haltères, faire une ronde : autant de manières de solliciter les organismes, à inscrire dans un contexte plus large. D'abord, on doit poser la question des finalités. Pourquoi, à l'école, s'entraîner aux barres parallèles ou au saut en longueur ? Pour s'aérer l'esprit ? Pour se défouler après quatre ou cinq heures d'immobilisme ? Pour devenir un athlète ? Pour se confronter aux copains ? Pour se mesurer à soi-même ? Pour vivre des sensations ? Suivant la réponse qu'on donne à ces questions, on n'organisera pas les activités de la même manière. Au bout du compte, on pourrait même imaginer d'autres entrées, moins familières peut-être, mais pouvant répondre à de nouveaux besoins : préparer un spectacle de cirque et de jonglerie pour apprendre à s'exprimer et à coordonner ses mouvements (Fargier, 1997) ; s'initier à la lutte et aux arts martiaux pour apprendre à contrôler son corps et à respecter celui d'autrui (Olivier, 1993) ; jouer au rugby pour tisser du lien et questionner la violence physique (Maulini, 1996) ; gérer une cantine scolaire pour développer ses facultés gustatives et apprendre à équilibrer son alimentation (CRESAS, 1982). L'important n'est pas de faire du neuf pour faire du neuf, mais d'exploiter les ressources et les compétences locales pour promouvoir une véritable éducation corporelle à l'école (Heurtaux, 1982).
Organiser son action motrice et corporelle, c'est apprendre à connaître son corps, à se situer dans son environnement, à réaliser des mouvements complexes et à participer à des actions collectives (DEP, 1998). Rien à voir avec l'apprentissage mécanique de gestes stéréotypés, mais rien à voir non plus avec un hédonisme individualiste. Si l'école veut transmettre de véritables compétences, si elle veut développer des esprits et des corps critiques, responsables et autonomes, elle doit éviter deux tentations symétriques : enrégimenter les élèves par excès de standardisation ; flatter leur narcissisme au nom d'une philosophie " new age " qui, sous prétexte de libération, fonctionnera finalement comme un type inédit de contrôle social sur les âmes et les corps (Lipovetsky, 1983, p.91). Dans le domaine du corps comme dans tous les autres, une école émancipatrice ne laisse pas les enfants livrés à eux-mêmes, en attendant qu'ils poussent comme des champignons. Elle stimule leur sensibilité, leur vitalité, leur intelligence en les confrontant à des obstacles et en les aidant à construire, pas à pas, les moyens de les dépasser.
Le petit d'homme : une intelligence incorporée
Socialiser sans asservir, éduquer sans domestiquer, c'est admettre la vigueur de certains élèves et le flegme des autres, sans stigmatiser ni figer ces différences. C'est admettre aussi que les corps et les esprits ne sont pas deux entités séparées, à qui il suffirait de réserver deux espaces distincts : la salle de classe et la salle de sports (ou le préau). Si les savoirs sont censés transiter de la conscience de l'enseignant vers celle des enfants, ils le font rarement in abstracto . La parole qui circule dans la classe n'est pas désincarnée. Elle est portée par des interlocuteurs de chair et d'os, des interlocuteurs qui ne sont pas composés d'un corps et d'une intelligence, mais qui sont, d'un seul tenant, une conscience du monde et une présence au monde.
Dans tous les exemples que nous avons cités, le corps a sa large place, mais il n'est pas indépendant de l'esprit. Si, dans nos sociétés désemparées, le corps est devenu objet de consommation, objet de fascination, objet de salut (Baudrillard, 1970), s'il est manipulé, massé, lissé, gonflé, dopé, en un mot objectivé, l'école n'a pas pour vocation de suivre le courant. Si la peur de vieillir fait vendre des savonnettes et des liftings, si la peur de grossir engraisse… les marchands de régimes et de produits amincissants, si la peur de se ramollir enrichit les centres de fitness et de thermalisme, si la peur de ne plus rien ressentir profite aux promoteurs du saut à l'élastique ou du ski carvé, c'est peut-être le signe que nos corps ont mis à mal nos intelligences, comme en témoignent à leur façon certaines crispations. Doit-on par exemple s'interdire de toucher un seul cheveu de nos élèves, de peur de finir au tribunal ? Abus de pouvoir, violences ou même pédophilie, certaines " affaires " sont relayées, plus ou moins complaisamment, par la presse. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles posent sous un jour souvent dramatique la question du rapport au corps et à la sensibilité d'autrui.
Dans la vie, le corps n'est ni le résidu, ni l'étendard de notre identité. Il est notre intelligence incarnée. Le corps n'est donc pas, à l'école ou ailleurs, l'élément neutre des apprentissages. Il est intimement solidaire de la parole du maître et des élèves. L'exercice de la conjugaison française, du calcul intégral et de la lecture de carte passe aussi par le corps. Tout comme l'apprentissage du chant choral, de la natation ou de l'écriture liée passe aussi par le langage. A l'école, il n'y a pas d'un côté des esprits à former, et de l'autre des corps à muscler. Il y a des enfants en pleine croissance, physique et psychique. Des enfants qui, comme Geoffroy, communiquent par le verbe et, lorsque c'est nécessaire, par le mouvement. Des enfants dont le bien-être corporel est simultanément la condition et le résultat d'un développement - et donc d'un enseignement - équilibrés.Notre corps et notre conscience ne sont pas deux entités séparées, qu'on pourrait développer de manière tout à fait indépendantes. Comme le dit Merleau-Ponty, le malade ne mime pas avec son corps un drame qui se passerait " dans la conscience " . Si son corps s'agite, c'est que tout son être, corps et âme, est agité. Pourquoi en serait-il autrement de nos élèves ? La mission de l'école ne consiste sûrement pas à former des savants maladroits ou des athlètes ignorants. De savants athlètes, peut-être ? Non plus. De manière plus modeste, mais aussi moins clivée, l'école doit instruire les petits d'hommes pour qu'ils deviennent, simultanément, des corps intelligents et des intelligences incorporées

lunes, 3 de septiembre de 2018

5 CONSEILS POUR PLANIFIER L’APPRENTISSAGE D’UNE LANGUE ÉTRANGÈRE


De l’importance d’une planification et des objectifs pour son apprentissage
Il y a énormément de gens de tout âge qui se lancent dans l’apprentissage d’une langue étrangère. Que cela soit en prenant des cours ou en auto-apprentissage. Il y a de nombreuses raisons d’apprendre une langue étrangère, et contrairement à certaines croyances, il est possible d’apprendre à tout âge, et chaque âge possède ses propres avantages et atouts.
Malheureusement, de nombreuses personnes échouent ou abandonnent en cours de route. Ceci est dû principalement à un manque d’objectif concret, un manque de planification et d’engagement qui entrainent un manque de résultat visible qui devient vite démotivant.
Lorsque l’on commence à apprendre une langue étrangère, il est donc très important d’estimer combien de temps vous allez y consacrer. Selon son engagement et sa motivation, chacun peut planifier un programme personnalisé en décidant du nombre et de la durée des sessions d’apprentissage, ainsi que des activités à réaliser.
Cet article donne quelques conseils sur la façon de planifier efficacement les séances d’apprentissage d’une langue étrangère.
Déterminer la fréquence et la durée des sessions :
Je ne dis pas quelque chose de nouveau en précisant qu’il vaut mieux passer 10 minutes par jour dans l’apprentissage d’une langue plutôt que de faire une grosse session de 3 heures dans le mois. La répétitionl’assiduité et la régularité sont les atouts les plus précieux pour tout apprentissage.
Combien de temps pensez-vous consacrer à votre apprentissage ?
15 minutes, 30, 1 heure par jour ? Vous pouvez également décider de ne pas étudier tous les jours, et de vous contenter d’intercaler des séances tous les deux jours par exemple. À ce stade, vous devez être réaliste, puisqu’il est inutile de se mentir à soi-même avec des planifications impossibles.
Quand j’étais à l’Université, j’ai sacrifié beaucoup de temps pour apprendre le Français (c’est Luca qui parle), 2 heures chaque jour (sauf les dimanches), parce que j’avais besoin d’apprendre rapidement cette langue. C’était des cours intensifs pour des besoins urgents de travail. J’ai terminé mes cours de langue française en 5 mois. Je suis maintenant en train de m’améliorer en espagnol. Bien que je travaille et que j’ai beaucoup d’engagements, j’ai pu planifier environ 20 minutes par jour d’étude, dans des sessions généralement courtes de 10-20 minutes. (Il faut savoir qu’en plus de travailler sur MosaLingua, Luca occupe un poste important dans une entreprise en France)
Comment respecter sa propre planification ?
C’est la partie la plus difficile. Vous avez décidé de consacrer du temps pour apprendre une langue étrangère, mais êtes-vous confiant que vous allez respecter vos engagements ? Où alors allez-vous tout abandonner après 2 semaines ?
En fait, respecter un programme peut être très dure ! En général, il est bon de méditer quelques moments et apprendre à analyser ses propres engagements tout en s’appliquant à les respecter.
Ceux qui prennent le métro ou autres transports publics pour des longs trajets peuvent profiter de ce moment le matin, quand le cerveau est encore dans ses possibilités optimales pour mémoriser de nouvelles connaissances. Pourquoi ne pas profiter aussi d’une séance après le travail ou après l’université une fois que vous arrivez à la maison (ou après une heure de repos) ?
Mon conseil est d’enregistrer vos activités sur un agenda, un calendrier ou un ordinateur portable et « sentir » d’une certaine manière le poids de vos engagements, pour pouvoir les respecter. Vous pouvez même vous engager publiquement, auprès de vos proches, ou sur Facebook par exemple. Le fait de dire publiquement ses engagements augmente les probabilités de réussir à les tenir.
Je vous conseil aussi de programmer un rappel dans votre téléphone portable et peut-être rédiger une phrase motivante comme : « un nouveau pas vers le succès aujourd’hui pour parler parfaitement l’espagnol, etc..« . Personnellement, j’ai utilisé au début un cahier, mais maintenant j’ai programmé un rappel sur mon iPhone. J’ai des amis qui utilisent un agenda dans un fichier Excel. Chaque méthode peut être convenable tant qu’elle vous permet de ne pas rater votre séance d’apprentissage.
Fixer des objectifs pour quantifier vos progrès
Etudier avec un rythme régulier est non seulement très efficace, mais sert aussi à créer et maintenir une grande motivation. En fait, plus vous répétez et plus vos progrès seront rapides ce qui vous motivera à avancer. Mais pour rester motivé, il est bon de se fixer des objectifs réalisables puis d’évaluer leurs résultats plus tard.
Pour le vocabulaire, vous pouvez décider d’apprendre 10 nouveaux mots par jour en les écrivant dans un cahier, dans un fichier Word ou en utilisant un programme SRS qui aide à la mémorisation tel que MosaLingua ou Anki où vous pouvez stocker des « cartes flash » (flashcards) correspondantes à chacun de ces mots, sa traduction et une ou deux phrases pour éclaircir les différents sens du nouveau mot. Cinq minutes sont suffisantes pour mémoriser 10 mots, mais à la fin du mois, vous aurez déjà enrichi votre vocabulaire d’environ de 300 nouveaux mots (10 x 30 jours), 600 dans 2 mois, et ainsi de suite. Vous voyez, cela ne prend pas beaucoup de temps, l’essentiel est d’être régulier.
Pour la compréhension orale, vous pouvez décider par exemple de regarder tous les jours le journal télévisé d’une chaine qui diffuse dans la langue que vous étudiez. Vous pouvez décider de regarder une série TV, ou de vous abonner à un podcast sur votre iPhone ou lecteur MP3.
Je vous conseille de noter vos difficultés au début (ex. « Je comprends seulement quelques mots »), et à la fin du premier mois, vous pourrez évaluer vos progrès, et les bons résultats vont vous pousser à continuer avec le même rythme ou même l’intensifier. Si aujourd’hui, je peux regarder un film en anglais sans problème, c’est grâce aux 10 minutes par jour consacrées à regarder le journal télévisé de la 
BBC.
Donc l’essentiel et de se fixer des objectifs réalisables, de les noter, de vous engager à les tenir, et d’évaluer vos progrès.
Diversifier son apprentissage
Même en consacrant 20 minutes par jour dans votre apprentissage, vous pouvez varier vos activités pour ne pas vous lasser, et travailler sur des compétences différentes.
La clef est d’utiliser des supports qui vous passionnent. Et grâce à internet, vous trouverez forcément quelque chose qui vous intéresse.
Si vous aimez les actualités, vous pouvez commencer par 5 minutes en regardant le journal télévisé (à la TV ou sur internet).
Puis, vous pouvez ensuite mémoriser de nouveaux mots pendant 5 minutes, puis lire et répéter la lecture d’articles traitants de sujets qui vous intéressent (10 minutes).
Le lendemain, vous pouvez changer d’activités, en faisant dix minutes d’écriture. Vous pouvez par exemple écrire de petits articles (peut-être commencer votre propre blog) et consacrer le reste du temps à enrichir votre vocabulaire. Si vous n’avez pas le courage de créer votre blog, vous pouvez participer à des forums dans la langue cible (ex. le forum de wordreference), ou chercher un correspondant pour écrire des emails.
Une fois par semaine vous pouvez consacrer une séance de conversation avec un ami maitrisant cette langue, ou trouver un partenaire dans des échanges linguistiques communautaires (cf. couchsurfing, Facebook, ou Skype). Nous écrirons prochainement un article sur les meilleures façons de trouver un partenaire linguistique.
Diversifier vos activités d’apprentissage de langues, maintient non seulement votre intérêt, mais vous permet d’améliorer aussi vos compétences sur tous les niveaux (lecture, écriture, oral, etc.).
Intégrer dans les sessions d’étude des activités amusantes et relaxantes
Au-delà de vos sessions, vous pouvez vous consacrer à vos activités favorites tout en améliorant la langue que vous apprenez. L’exemple classique est de regarder le soir un film en version originale, avec des sous-titres.

Si vous aimez les jeux, pourquoi ne pas choisir des jeux qui se basent sur la langue ? Par exemple, vous pouvez jouer au scrabble ou aux mots croisés en ligne, ce qui sera d’une grande utilité pour enrichir votre vocabulaire tout en créant des nouvelles amitiés.
Il y a plein de jeux gratuits sur internet:
Si vous aimez, vous pouvez feuilleter une bande dessinée dans sa version originale, c’est plus facile qu’un livre. Vous pouvez aussi peut-être écouter de la musique étrangère en mode « Karaoké » tout en lisant les paroles (un article pour apprendre une langue avec la musique est en préparation). De cette façon, vous allez apprendre sans effort, avec plaisir, et intégrer l’apprentissage d’une langue dans vos passe-temps favoris !


Tomado de: https://www.mosalingua.com/blog/2011/08/19/conseils-planifier-apprentissage-langue-etrangere/

miércoles, 1 de agosto de 2018

TROIS FAÇONS SURPRENANTES D’UTILISER LA TECHNOLOGIE POUR APPRENDRE UNE LANGUE ÉTRANGÈRE


L’économie globale a créé une telle demande pour les communications interculturelles que les gens doivent accorder plus d’attention à l’apprentissage de la langue, à la fois comme un problème à résoudre et comme une opportunité d’affaires à explorer. On observe souvent qu’il y a plus de gens en Chine qui apprennent l’anglais que de personnes vivant aux États-Unis. C’est une observation qui est non seulement exacte, mais qui offre un aperçu de la demande vraiment étonnante pour l’apprentissage des langues dans le monde entier aujourd’hui.

Mais il y a un gros problème d’échelle: Il n’y a nulle part assez d’enseignants qualifiés pour répondre à cette demande croissante. Et donc tout le monde, des établissements d’enseignement aux nouvelles entreprises, utilisent la technologie pour combler l’écart. Le défi, bien sûr, est que, après des décennies de recherche, nous savons que l’apprentissage d’une langue requiert un important investissement de temps et d’efforts, que la plupart des gens ne sont pas prêts à le faire sauf s’ils apprennent quelque chose de pertinent pour leur vie quotidienne . Une façon simple de le faire est de tirer profit des technologies courantes qui ne sont pas nécessairement destinées à enseigner la langue, mais peuvent néanmoins être exploitées pour notre bénéfice. Il y a, en fait, de nombreuses façons d’utiliser les applications technologiques pour l’apprentissage des langues. Voici trois exemples particulièrement utiles pour commencer: Regarder des films avec des sous-titres étrangers. Il n’est pas surprenant que de regarder des films et des émissions de télévision dans une langue que vous apprenez est une excellente idée. C’est une bonne façon d’obtenir la pratique d’écoute authentique dont vous avez besoin pour améliorer vos compétences. En effet, beaucoup de gens croient que regarder des films étrangers dans leur langue cible, mais avec sous-titres dans leur langue maternelle, permettra d’améliorer leurs compétences dans la seconde langue. Cependant, dès que vous commencez à regarder les sous-titres dans votre langue maternelle, vous vous condamnez à l’échec. Parce que la lecture devient plus importante que l’écoute, et vous ne faites plus attention à la parole; après quelques instants vous êtes de plus en plus habitué aux sous-titres, et ne remarquez même pas que vous lisez. Les bonnes nouvelles, cependant, est que si vous regardez un film avec des sous-titres dans la langue que vous apprenez, plutôt que l’anglais, vous êtes plus susceptible de comprendre la vidéo et donc d’apprendre du contenu de la vidéo.

Écoutez les directions.
Le GPS dans votre voiture peut sembler un endroit improbable pour améliorer vos compétences en langues étrangères, mais si vous pouvez modifier les paramètres de la langue que vous étudiez, vous obtiendrez une pratique authentique, dans le monde réel en suivant les instructions dans une nouvelle langue.

La recherche a montré que l’apprentissage d’une langue par le biais des tâches pertinentes à votre vie quotidienne, est très efficace. Cette technique de GPS, donc, fonctionne bien pour deux raisons. Tout d’abord, vous obtenez l’écoute pratique avec des conséquences très réelles: Si vous ne suivez pas les instructions, vous n’arriverez pas à  destination. Deuxièmement, vous possédez quelques informations de contexte ce qui vous aide à comprendre la langue. Si vous commencez en utilisant le GPS sur une route que vous connaissez bien, vous pouvez simplement l’utiliser pour apprendre de nouveaux mots pour les directions que vous suivez déjà. Et pour un élève plus avancé, vous pouvez utiliser le GPS sur les routes inconnues, ce qui offre un certain stress, et cela a été prouvé, qui aide les adultes à apprendre de nouvelles compétences. Modifiez vos paramètres. Modification des paramètres de langue sur votre téléphone, ordinateur ou tablette peut être frustrant.  Mais si vous voulez vraiment apprendre une langue, le fait de changer vos paramètres vous donne la possibilité d’utiliser un nouveau langage pour accomplir les tâches que vous effectuez déjà de toute façon. Vous pouvez trier et filtrer les courriels, rechercher des applications, et naviguer sur le Web, le tout dans la langue que vous apprenez. Et, comme avec la recommandation de GPS, vous avez un peu de contexte pour les nouveaux mots de vocabulaire que vous apprenez, et un certain sens de la façon de remplir ces tâches, ce qui vous aidera. En outre, vous aurez de nombreuses occasions de travailler sur vos compétences de lecture, car à chaque fois que vous voulez ouvrir une application, vérifiez votre courriel, ou trouver un document, vous serez forcé de pratiquer dans la langue que vous apprenez. Lorsque vous vous sentez particulièrement audacieux, essayez-le dans un guichet automatique! Ces trois conseils offrent des chances de pratiquer en utilisant une nouvelle langue dans un cadre authentique et réaliste, parce que nous savons que les gens apprennent mieux les langues s’il y a des enjeux de la vie réelle. Donc, si ce sont les films que vous regardez, les directions que vous suivez, ou les applications que vous utilisez, si vous êtes prêt à les essayer dans votre nouvelle langue, vous pourriez être surpris de la rapidité avec laquelle vous faites des progrès notables.

Cet article est écrit par Katharine B. Nielson, la directrice de l’éducation de Voxy, une société d’apprentissage des langues basée à New York City.



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